Les Body Snatchers du XIXᵉ siècle (Angleterre et Ecosse)

Les Body Snatchers en Angleterre et en Ecosse au XIXᵉ siècle : une plongée dans l’histoire du vol de cadavres

Au XIXᵉme siècle, l’Angleterre et l’Écosse furent le théâtre d’un phénomène macabre et fascinant : le body snatching, ou le vol de cadavres. Cette activité, alimentée par les besoins croissants des écoles de médecine, a laissé une empreinte durable sur l’histoire médicale et juridique. Plongeons dans cet univers étrange où l’éthique, la science et la criminalité se croisent.

Le contexte historique : un besoin impérieux de cadavres

Au tournant du XIXᵉme siècle, les progrès rapides de la médecine nécessitaient une meilleure compréhension de l’anatomie humaine. Les écoles de médecine en Angleterre et en Écosse, notamment à Londres et à Édimbourg, attiraient des étudiants du monde entier. Cependant, pour enseigner et pratiquer les dissections, il fallait des corps.

La loi, à cette époque, limitait les dissections aux cadavres des criminels condamnés à mort, mais ce nombre était loin de suffire à la demande croissante. Par conséquent, une véritable « économie souterraine » du corps humain émergea, donnant naissance aux body snatchers, également appelés « resurrectionists ».

Les acteurs principaux : qui étaient les body snatchers ?

Les body snatchers étaient souvent des individus issus des classes populaires. Attirés par les sommes importantes que les chirurgiens étaient prêts à payer, ils opéraient généralement en équipe. L’activité nécessitait une certaine organisation :

  1. Identification des tombes récentes : Les corps récemment enterrés étaient plus faciles à exhumer et étaient préférés pour leur état de conservation.
  2. Exhumation rapide : Les body snatchers travaillaient la nuit, utilisant des outils rudimentaires pour ouvrir les tombes sans attirer l’attention.
  3. Livraison des corps : Les cadavres étaient transportés discrètement vers les écoles de médecine, souvent enveloppés dans des sacs ou des caisses.

Les écoles de médecine et leur rôle ambigu

Les chirurgiens et anatomistes jouaient un rôle central dans cette activité. Bien que beaucoup d’entre eux réprouvent publiquement le body snatching, ils en dépendaient pour obtenir des corps à des fins d’étude. Certains établissements, comme l’école de médecine d’Édimbourg, furent accusés d’encourager indirectement cette pratique en offrant des récompenses financières attractives.

L’anatomiste Robert Knox, par exemple, fut impliqué dans un scandale célèbre lié aux meurtres commis par William Burke et William Hare. Bien que Knox n’ait jamais été condamné, sa réputation en fut gravement ternie.

Burke et Hare : de body snatchers à meurtriers

Le cas de Burke et Hare est emblématique de la dérive du body snatching. Ces deux hommes, actifs à Édimbourg dans les années 1820, commencèrent par voler des corps, mais se tournèrent rapidement vers le meurtre pour répondre à la demande.

Ils attiraient leurs victimes dans une auberge tenue par Hare et sa compagne, les tuaient par asphyxie, puis vendaient les corps à Robert Knox. Leur activité fut découverte en 1828, et Burke fut pendu tandis que Hare obtint l’immunité en témoignant contre lui. L’affaire suscita une indignation nationale.

Les conséquences juridiques : la loi sur l’anatomie de 1832

Face à l’indignation publique croissante et à la multiplication des vols de corps, le gouvernement britannique adopta la Loi sur l’anatomie de 1832. Cette loi permit aux chirurgiens d’accéder à des cadavres de personnes mortes dans les hôpitaux, les prisons ou les hospices, avec leur consentement préalable ou celui de leurs familles. Cela mit fin à la plupart des activités de body snatching.

Impact sur la société et la culture populaire

Le body snatching a laissé une marque indélébile sur la culture britannique. Il est évoqué dans des œuvres littéraires, telles que « The Body Snatcher » de Robert Louis Stevenson, et dans des films et pièces de théâtre. Ces récits mêlent souvent horreur et fascination pour la science.

Par ailleurs, cette période souligne les dilemmes éthiques de la médecine : comment concilier le besoin de progrès scientifiques avec le respect des défunts ?

Les cimetières et leur évolution

Pour contrer les vols, les cimetières renforcèrent leurs sécurités :

  • Des « cages mortuaires » (également appelées mortsafes) furent installées au-dessus des tombes.
  • Des gardes furent engagés pour surveiller les sites funéraires.
  • Certaines familles optèrent pour des cercueils en fer.

Ces mesures, bien que coûteuses, réduisirent l’activité des body snatchers jusqu’à son éradication.

Conclusion

Le phénomène des body snatchers en Angleterre et en Écosse au XIXᵉme siècle est un chapitre unique de l’histoire médicale et sociale. Il met en lumière les tensions entre la science et l’éthique, ainsi que les conséquences sociétales de l’absence de régulation. Si cette époque semble aujourd’hui lointaine, elle continue de résonner dans notre perception de la médecine, de la mort et du respect des corps.

Petite lecture conseillée: The diary of a Resurrectionist, 1811-1812 de James Blake Bailey.


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